Dans le premier Ă©pisode, je vous parlais du monologue mythique de Captain Koons (Pulp Fiction) : un modĂšle absolu dâeffet de surprise.
Aujourdâhui, on change de scĂšne⊠et de maestro.
Si ce discours est devenu mythique, ce nâest pas seulement Ă cause de sa beautĂ©, câest parce quâil respecte Ă la lettre la trame narrative classique :
Situation initiale : un étudiant sans diplÎme.
ĂlĂ©ment dĂ©clencheur : son exclusion dâApple, lâĂ©chec total.
PĂ©ripĂ©ties : lâerrance, NeXT, Pixar.
Dénouement : retour triomphal chez Apple.
Situation finale : cohérence, vision, confiance.
Imparable !
Mais suivre la trame ne suffit pas.
Câest lĂ que beaucoup tombent dans le piĂšge.
Respecter une structure narrative, câest comme suivre les rĂšgles de la mĂ©thode de Descartes : personne nâa jamais dĂ©couvert une vĂ©ritĂ© uniquement grĂące Ă ces rĂšgles, mais elles permettent de vĂ©rifier a posteriori quâon ne sâest pas trompĂ© de chemin.
Il en va de mĂȘme pour le storytelling :
Le respect de la structure est une condition nécessaire mais pas suffisante.
Le problĂšme aujourdâhui, c’est qu’on connaĂźt la ficelle.
On vous voit arriver Ă des kilomĂštres.
On reconnaßt le schéma.
On anticipe lâĂ©motion.
Si bien que beaucoup dâhistoires sonnent formatĂ©es, prĂ©visibles, voire artificielles.
Or comme le disait GĂ©rard ColĂ©, artisan de la comâ de Mitterrand :
« La rhĂ©torique, câest comme la chirurgie esthĂ©tique : dĂšs que ça se voit, câest que c’est ratĂ©. »
Alors, comment raconter mieux aujourdâhui ?
En laissant la trame Ă sa place :
– un squelette,
– pas une prison.
Et en misant sur ce que les récits qui marquent ont toujours en commun :
Un vrai effet de surprise,
Une touche dâoriginalitĂ©,
Et surtout : une invisibilité absolue du mécanisme.
Le bon storytelling nâa pas lâair dâun storytelling.
Il a lâair vrai.
A suivre…
